D'après une illustration de Sab…
Cylia venait d’avoir 12 ans. Elle était la fille du roi d’Abracada, un royaume invisible aux yeux des hommes dans lequel habitaient les humains possédant des pouvoirs magiques. Petite déjà, Cylia demandait à sa maman :
« Dit Maman, on est grand quand on a douze ans ? »
Ce à quoi elle répondait :
« Quand on a douze ans, on n’est plus petit, mais on n’est pas encore grand. »
Cylia ne comprenant pas ce que sa maman voulait dire, poussait un long soupir et espérait chaque nuit en fermant les yeux, qu’en se réveillant le lendemain matin elle aurait douze ans…
Mais aujourd’hui c’est chose faite et Cylia attend avec impatience sa grande fête d’anniversaire qui aura lieu le soir.
Alors que la princesse prend ses cours quotidiens d’équitation, sa jeune sœur Sophiane, tourne en rond dans sa chambre.
Depuis ce matin, Sophiane est bien embêtée : elle n’a trouvé aucun cadeau pour sa grande sœur. L’année dernière pour ses huit ans, Cylia lui avait offert une magnifique licorne qui lui avait appris à parler aux animaux du royaume. Sophiane avait été comblée et c’est pour cette raison qu’elle veut absolument trouver un cadeau « super chouette » comme elle dit, pour sa grande sœur. Mais Sophiane a beau chercher depuis ce matin, elle n’a pas du tout d’idées. Alors, elle décide de faire le tour du château pour demander à chaque personne qu’elle croisera quel cadeau elle pourrait bien offrir à Cylia.
La reine sa mère, lui conseille d’offrir un énorme bouquet de fleurs qui ne se fanent jamais. Mais Sophiane trouve que ce n’est pas assez grandiose !
Le roi son père, lui conseille d’offrir un dragon nain pour qu’elle parcoure le royaume dans les airs. Mais Sophiane ne souhaite pas vraiment que sa sœur s’éloigne d’elle !
La duchesse sa tante, lui conseille d’offrir un bracelet en perles de nacre pour qu’elle soit la plus belle. Mais Sophiane trouve que c’est un cadeau pour les dames !
Le duc son oncle, lui conseille d’offrir des chaussons en verre pour aller au bal. Mais Sophiane pense que Cylia aura trop mal aux pieds !
Tous les domestiques y passent et pas une seule des propositions ne convient à Sophiane. La petite princesse commence à désespérer jusqu’à ce que sa dame de chambre Jacynthe lui donne une brillante idée :
« Pourquoi n’iriez-vous pas rendre une petite visite aux Fées ?
_ Les Fées ? s’étonne alors Sophiane. Et je vais leur demander quoi ?
_ Oh je suis sûre qu’elles trouveront, dit Jacynthe en souriant. »
Sophiane décide de suivre le conseil de sa dame de chambre :
« C’est la moins pire idée, pense-t-elle en haussant les épaules. »
Accompagnée par Merlin, son chien-loup, la petite Sophiane se rend sur les territoires des Fées, l’un des quatre territoires constituant le royaume d’Abracada. Dans le royaume d’Abracada, les Fées sont des créatures très timides et méfiantes même envers les autres peuples habitant le pays. Sophiane met donc beaucoup de temps avant de pouvoir discuter avec une Fée.
Assise depuis plus d’une heure sur une pierre plate, la petite fille commence à s’impatienter lorsqu’une Fée se matérialise derrière elle. Elle porte une robe bleue pâle et une couronne d’argent sur la tête.
« La reine des Fées, pense tout bas Sophiane en s’inclinant devant la Dame ».
La reine des Fées prend alors la parole :
« Princesse Sophiane, que nous vaut votre visite ? »
Les autres Fées, jusqu’alors cachées, sortent des buissons et entourent leur reine. Toutes fixent Sophiane. Pas méchamment bien sûr, mais la petite fille ne peut réprimer un frisson :
« Et bien je… hum… C’est l’anniversaire de la Princesse Cylia aujourd’hui et… je n’ai pas trouvé de cadeau, commence Sophiane alors que de petites larmes roulent déjà sur ses joues. »
Les Fées semblent émues à la vue de cette enfant si sincère.
« Je vois, répond la reine. Et tu viens quérir notre aide ?
_ Oh oui, je quéris votre aide ! s’exclame la petite fille sans vraiment comprendre ce qu’elle dit. Vous pouvez m’aider à trouver un cadeau, dite ? demande-t-elle.»
La reine des Fées entre en méditation. Les autres Fées se mettent à chuchoter entre elles ce qui encourage Merlin à aboyer. Entre les chuchotements des Fées, le vent dans les arbres, les aboiements de Merlin et les reniflements de Sophiane, la reine a bien du mal à réfléchir :
« Silence ! s’écrie-t-elle d’un coup. »
Et tout le monde se tait.
Après quelques instants, la reine souffle dans ses mains et modèle une petite fée miniature statique qu’elle donne ensuite à Sophiane :
« Voilà ce que tu vas offrir à ta sœur, lui dit-elle solennellement. »
La petite fille est déçue, mais elle préfère ne rien dire. Elle accepte en souriant le cadeau et retourne penaude au château sans un dernier regard pour les Fées.
Le soir, après le coucher du soleil, la fête d’anniversaire pour les douze ans de la princesse Cylia commence. Les invités viennent en nombre et chacun apporte de gros présents.
Dans la salle de réception, la princesse Sophiane est triste. Sa fée emballée dans du joli papier doré trône devant l’assiette de sa grande sœur.
Les cloches se mettent à sonner. On annonce la princesse Cylia qui descend alors les grands escaliers de la salle devant les tendres regards de sa famille.
Elle porte une robe verte pâle dont la collerette de véritables roses cousues à la main descend sur ses épaules. Ses épais cheveux blonds ont été bouclés et ses joues fardées de roses. Sophiane fixe alors les chaussures vertes de sa sœur ; sur chacune d’elles est fixé un bouton de rose jaune avec une épingle à nourrice en or. Devant tant de vêtements délicats, la petite fille ne peut s’empêcher de penser à son minable cadeau et doit prendre sur elle pour ne pas éclater en sanglots.
Cylia s’installe alors à la table royale sous les applaudissements de tous et le premier lancé de confettis. La princesse rougit devant tant de gentillesse. Le roi d’Abracada déclare alors la fête ouverte. On apporte les plats sur les tables et chacun commence à manger.
Cylia remarque immédiatement le petit paquet de sa sœur et décide qu’elle l’ouvrira en premier. Ne pouvant pas attendre le dessert, elle déchire le papier et découvre la petite fée miniature.
Qu’elle n’est pas la surprise de Sophiane de voir qu’au contact de sa sœur la fée s’anime !
« Bonjour, je suis la Fée Cadeau. Et je suis le cadeau de Sophiane, dit-elle à la princesse abasourdie. »

Cylia, émue, se rue sur sa petite sœur :
« Une fée automate, comme c’est original ! Comme tu as bien choisi Sophiane ! »
Et elle l’embrasse tendrement sur les joues.
« Oh tu sais, c’était facile. J’avais trop d’idées, je ne savais pas quoi choisir, déclare-t-elle à sa sœur d’un ton qui se veut désinvolte. »
Le roi et la reine ne peuvent s’empêcher de rire devant ce mensonge.
Alors que Cylia découvre les talents cachés de sa fée automate et que Sophiane raconte aux domestiques comment cette « superbe idée » lui est venue à l’esprit, la reine demande à sa plus grande fille :
« Alors Cylia, est-ce qu’on est grande quand on a douze ans ?
_ Et bien… je ne sais pas. En fait ça ne change pas vraiment, répond-elle un peu dans la lune. »
Puis après quelques secondes, elle interroge sa mère :
« Est-ce que quand on est grand on reçoit des fées automates en cadeau d’anniversaire ?
_ Et bien cela dépend. Mais en général, on reçoit plutôt un bouquet de fleurs, commence son père
_ Ou bien un bracelet en perles de nacre, continue sa mère
_ Ou encore un dragon nain, renchérit son père,
_ Mais aussi des chaussons en verre, termine sa mère.
_ Alors, ça veut dire qu’à douze ans, on n’est pas encore grand, décrète la princesse Cylia. »
Et le roi et la reine rient de bon cœur.
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